Agnès Bracquemond

(...) FM : Quelle est votre vision de la figuration?

AB : Je me sers de la figure. C'est une transmission directe de mon corps. Je le vois comme une possibilité d'arrêter le temps, d'aller au-delà de ce qui est temporel. Dans la forme humain€ la plastique trouve quelque chose de permanent. Elle permet de se dégager de soi-même.
Je ne considère pas ma sculpture en mouvement. Je la considère comme un état en suspension.
(...)
FM : Un élément me semble très chorégraphique: les portées, c'est-à-dire un personnage porté par un autre.

AB: Oui. J'ai fait beaucoup de figures qui descendent, qui sont en équilibre, des groupes de figures qui avancent, mais qui sont seuls. Elles sont toujours en chemin et elles cherchent quelque chose. Puis j'ai eu envie d'ajouter au corps et marche une préoccupation plastique: trouver l'équilibre entre celui qui porte et celui qui est porté, pour voir si on ne peut pas aboutir à autre chose. C'est difficile à expliquer. Maintenant, je ne voudrais plus qu'il y ait de sujets. J'ai raconté beaucoup d'histoires, en particulier sur te thème du ghetto. Je voudrais que ces figures qui se portent les unes les autres ne fassent plus qu'une seule, un peu comme si on était double, on était soi-même et témoin de soi-même. On ne sait pas si on se porte soi-même ou si on est porté.
Je vois ces figures comme une seule entité, une recherche sur un individu seul. D'ailleurs, l'une des sculptures s'appelle: "Laquelle soutient l'autre". (...)

 

Deux figures :
l'une portée autrement VI
97x63x28 cm, technique mixte, 1998