Agnès Bracquemond
(...) Car ces ouvertures que la sculpture nous propose, elle qui s’occupe autant, (et sans doute plus) de vide que de plein, sont autant de seuils entre la forme et l'informe, le repos et l'inquiétude, le lieu familier et le désert hostile. Ces cadres rassurants que l'architecture décline autour du corps, pour l'accueillir, le soutenir, le redresser, sont autant de cases d’un jeu de l’oie où, par dessus les embûches, les chausse-trapes, les vertiges, tout ce qui se dérobe au pas qui veut avancer, où qui résiste à la main qui demande protection, nous fait sentir combien le monde, alentour, est peu fiable.
La sculpture serait là pour accomplir ainsi un peu de ce qu’accomplissaient les dieux jadis : accueillir l'errant, donner forme à l’informe, être la parade à l'exode, à l’exil, devenir le port d'attache où retrouver un lieu. Peut-être aussi , dans ses principes d'organisation, nous reconduit-elle, dans l'histoire de l'individu singulier, aux peurs immémoriales de l’espèce, pour nous en libérer : peur de tomber, peur de se répandre, peur de s'enchevêtrer, de s'emmêler, de ne plus savoir se relever. Son équilibre, sa gravité, sa pesanteur, son assise offrent l’appui, le cadre nécessaires, là même où la ville se fait hostile, et la nature plus stérile encore. (...)

Guerre
III
42x52 cm, terre cuite n&b, 1984
achat de l'Etat